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 La tare du roi [Claudius]

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Invité
Message(#) Sujet: La tare du roi [Claudius] Sam 1 Aoû - 20:24


la tare du roi



    Un peu de sel sur les entailles. De gouffre dans les entrailles.
Ma silhouette éploie ses mensonges au reflet érigé vis-à-vis. Raconte des histoires à qui sait bien observer. La glace me fait horreur comme elle me bombarde mon bagage de fraiches imperfections qui git sous les rumeurs d’une parfaite beauté. Au contraire de l’œil amateur, je les vois, mes tares et mes escarres. Des secrets courent à la surface de la chair qu’un sourire faux se hâte trop souvent à gommer. Nonobstant l’effort, ma comédie ne saurait transcender les plaies à vif. J’ai peine à farder les cernes creusés sous l’œil comme des digues placées là pour contrer les torrents salins. Grand mal à musser sous les oripeaux la cicatrice sur la panse évidée ou à redonner à mes guiboles leur équilibre d’antan. Enfant infortunée d’hier, le destin réitère aujourd'hui ses injustices ; la vie glane un malin plaisir à saccager l’édifice délabré de mon être quand la douleur prend en otage le squelette, non contente de n’avoir que l’organe cardiaque depuis que la nature m’a crachée en ce monde.

L’œil n’a pas levé l’ancre du reflet depuis trop longtemps. J’observe avec dégoût l’image projetée, énumérant les appendices que la tragédie a greffés à ma misère, me questionnant qui plus est de mon utilité maintenant que le corps est en prise à un mal indélébile. Je ne sais si ma réintégration dans le bordel est le fait d’une seconde chance de la part de mes généreux bourreaux – en ce cas je les maudis plus que de coutume – ou d’une indolence à bien vouloir me creuser une tombe. Il y a certainement la cupidité pour expliquer la souplesse des sieurs, le lendemain d’une fuite qu’on aura punie de quelques admonestations. J’attends toujours les coups, prorogés, je suppose, jusqu’à mon rétablissement complet, de sorte qu’on me ramène brutalement à la case zéro. Les maitres préfèrent nous voir chuter de haut ; l’atterrissage en est plus douloureux, le spectacle bien plus jouissif.
Dans le miroir, les doigts ébauchent de leur cime une caresse sur le derme suturé à la manière d’un nostalgique qui effleure de la pulpe une vieille photo. C’est un poupon qui devrait reposer sous mon sein, non pas ce défaut responsable de mes mille et une humiliations. Je conviens à le cacher justement sous une deuxième couche de tissus que j’ajoute à la robe déjà portée, et enrubannée de la sorte, mon reflet gagne meilleure mine quand bien même la peau est moins exposée aux yeux des charognards. Qu’importe puisque l’accoutrement complet risque de sauter assez tôt pour briser tous mes efforts de dissimulation, un porc attendant non loin que je parachève mes coquetteries pour en faire son affaire. Je grime derechef les traits auxquels s’arriment encore des miettes de mélancolie, incise un sourire dans la glaise du visage et tourne enfin talons pour aller à la rencontre du client annoncé, mais anonyme.

Démarche effacée pour me guider jusqu’à l’alcôve désignée, le regard jeté en biais sur les chaudes activités se déployant tout contre les quatre murs, entre des souris et des rapaces. Une once de dégoût dégueulée discrètement par la pupille à l’attention de mes collègues, aussi. Je traverse avec une flopée de remontrances à l’orée de mon dentier, me prenant pour sainte quand je suis moi-même instrument de cette horrible débauche. Le métier est leur bouée ; ce que j’abhorre chez elles, ce sont leur résignation, leur obédience, les carcasses d’espoir gisant aux tréfonds de l’âme, remplacées sitôt par l’amour obligé pour leur routine. Je ne suis ni ne veux devenir ainsi. Peut-être suis-je plus abimée qu’elles, certainement ai-je perdu bien plus qu’elles ne possèdent, mais j’ai la révolte qui chante au fond des tripes. Sur mon cœur en ruines rougeoient les braises d’une haine allant crescendo envers nos bourreaux et quoique mes rêves et espoirs soient tous démolis, je compte bien les rebâtir un jour ou l’autre sur les dépouilles de leurs ambitions.
L’envie soudaine de cracher mes poumons en de véhémentes insultes se fait criante à l’esprit, mais bonne chienne que je suis, cultive le silence comme j’aligne mes foulées avec lenteur, peu hâtée de connaitre l’identité et la physionomie du riche prince derrière la porte close. Comme j’avance, j’appréhende un peu la réaction, une fois désapée de mes artifices. Une grimace, qui sait, jointe aux vilenies usuelles que les sirs capricieux savent réciter avec grande classe. On exigera sûrement une catin qui n’aura pas été rafistolée, enclenchant dès lors les funèbres rouages des ennuis inespérées comme on se questionnera enfin sur cette brillante idée de me remettre dans la partie. Qui sait, à ce moment, je pourrai m'attendre à rejoindre maman au fond du caveau.

La porte grince, puis grince derechef quand je la referme derrière moi. La lumière est tamisée et enflée de quelques chandelles offrant à l'atmosphère crasse le charme ironique dont on n'a guère besoin pour huiler les machines corporelles. Ne manquerait plus qu’une petite musique pour détendre, un peu de champagne pour feindre le rendez-vous romantique. Au lieu de quoi, les respirations s’entremêlent dans l'espace exigu; un soupir balaie quelques secondes le lourd silence qui nous emmure et d’un courage que je cueille je-ne-sais-où, me retourne enfin pour faire face à l’étalon concupiscent.  
Le tambour en ma poitrine manque deux ou trois battements. Transie par un amalgame de surprise et de peur, j’ai soudain la nausée quand je perce du regard les semi-ténèbres pour empaler un faciès un peu trop familier. Moi qui ne me sentais guère prête avant, voilà que je ne le suis encore moins maintenant. Le corps ne peut endurer les secousses qu'augure sa présence en ces lieux et le cœur, lui, est étanche d'amertume. Va-t-en, je ne veux pas, que j'aimerais tant lui dire.
« Monsieur... que préfère formuler ma langue, pour le bien de ma charpente. Je ne savais pas. Les mots peinent à escalader la trachée et sont fendillées subrepticement par de faibles trémolos. Mes phrases n'en sont pas réellement ; à vrai dire, je devrais me taire et faire la belle, mais je continue à m'enliser. Si l'on m'avait prévenue...
Si l'on m'avait prévenue en bonne et due forme, j'aurais certainement brisé ce miroir pour faire d'un fragment une arme. Arme que j'aurais destinée à lui ou ma jugulaire, au choix. Cela fait longtemps. Je suis contente de vous voir. »

Et moi, je pousse la connerie jusqu'à lui montrer mes belles dents.
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Claudius Helsingor
Message(#) Sujet: Re: La tare du roi [Claudius] Jeu 13 Aoû - 0:29


la tare du roi
Les heures se fanent, la chair qu’il équarrit sans peine, les corps qu’il macule de ses fluides vitaux. Macabres vénustés qu’il malmène. La virilité en émoi, à peine un regard vers les gamines qui traversent sa couche. Ce ne sont que de pâles substituts après tout. Il n’y a qu’un seul être capable de l’animer, de le rendre vivant, mais dont l’absence abat notre homme. Un goût immodéré pour les blondes et les rousses. Même si les autres font également l’affaire. Il se perd dans ces extases artificielles, paradis perdus qui font trépasser le temps. Il a besoin de cette mécanique endiablée, coups de rein qu’il redouble, féroces soupirs gloutons. Avare en caresses préliminaires, il se fracasse contre les nymphettes sans parvenir à…aimer cela, à prendre véritablement son pied. La redondance sévit, règnent l’ennui et le blizzard érotique. Il fustige les damoiselles impuissantes au martinet qu’il tient dans sa main tel un sceptre royal, crevant ainsi les épidermes duveteux. Il se lâche, il ébauche des cimetières sur les fesses de ses amuse-gueules. Le bourreau laisse des traces personnalisées sur les peaux sensibles, un canevas de violences physiques. Il les marque comme du bétail. Les filles ne représentent que cela. Elles ne valent pas mieux qu’un troupeau paissant, dont le fatum est l’abattoir. Ô pauvres mortelles flétrissantes, charognes baudelairiennes.

Le fauve se goinfre de la libido fragilisée de terreurs. Les vestiges des nuits se reflètent dans les mutilations décadentes de ces incompétentes. Le verre est brisé derechef, le miroir se fend d’un sourire ironique. Et c’est une énième victime de ses crocs, là, gisant sur le tapis persan. Une énième gourgandine finit enferrée entre ses bras, l’acier tintant à ses oreilles, le fer brûlant la carotide, descendant suavement contre la poitrine dénudée. Un coup de pied amoche la tête dodelinant, sans vie. « Débarrassez ça. » Ses obligés se pressent et emmènent le corps, laissant une délicate traînée carmine sur la pierre glacée de la chambre aux teintures rouges. C’est celle qu’on lui réserve toujours, celle qu’on vend aux vénérés dont l’or noble gonfle les veines abasourdies de guérillas sans nom. « Faites venir la suivante. » Il tue sans compter et consomme sans modération ces amazones élancées, dont le stupre féminin rappelle le nectar des dieux.

Claudius Helsingor se masse lentement les tempes en attendant. Une atroce migraine embourbe ses pensées encore sous l’influence de la petite mort. Installé sur la couche, le torse nu, les cheveux en bataille, il joue avec son pugio comme le commun des mortels jouerait avec un cure-dents. Le fouet à portée de main n’est autre que l’arme de l’amant dégénéré qui attend sa proie vicieusement. Il sait qu’elle n’a aucun sursis. « Approche, Chrysale. » Une favorite parmi le ballet des garces ? « Tu t’es absentée. Longtemps. Trop longtemps à mon goût. » Il plante d’un élégant mouvement du poignet le pugio à quelques centimètres du visage de la sylphide. Tremblement de l’arme fichée dans la paroi, vibration meurtrière. « Raconte-moi tes vilaines mésaventures. » Et qu'elle ne joue pas à Shéhérazade, il est moins clément comme Seigneur.

Il se tasse sur le lit, l’invective à le rejoindre prestement. Il pose un doigt malsain sur la joue, relève ensuite le menton, inspecte le faciès bouillant de haine. Les deux ambres voudraient sa mort. Tatata, tout doux l’animal. Nous avons encore du chemin à faire tous les deux. « Tu m’as presque manqué. » Douceur lunatique, les menaces sous-jacentes au fond de la voix. Canines qu’il dévoile en un rictus sardonique. Il lui arrache un baiser sans préavis, pas de ces langoureuses parades amoureuses, mais il s’agit là d’une morsure à la commissure des lèvres. Le sang se répand, l’incarnat qu’il lèche comme une eau de vie et qu’il barbouille vigoureusement. Puis il la repousse d’une pichenette. La patience étroite, le roi se garde bien de la moindre tendresse à l’égard de son sujet. Ce qu’il veut : un récit synthétique puis l’accès à son droit de...appelons cela comme son légitime « droit de cuissage », le droit de toucher, pas seulement avec les yeux. Et son devoir à elle est bien évidemment l'obéissance, corps et âme.

(C) AMIANTE

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ET LUX FUIT
©️ okinnel


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