AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  


Partagez | .
 

 Cavalcades

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage

MESSAGES : 18
INSCRIPTION : 29/07/2015
PSEUDO : Morgan
AVATAR : Marine Vatch
ALLÉGEANCE : Sans.
OCCUPATION : Dresseuse de Chevaux.
avatar
Lyseult Thibault
Message(#) Sujet: Cavalcades Ven 31 Juil - 17:31

Cavalcades



Sa main balaie le miroir. Ôtant la buée qui dissimule son corps humide. Lavée, propre, elle sent la vanille et le caramel, des odeurs qu’elle découvre sur son corps alors qu’elle s’essaie à un nouveau parfum. Un parfum offert. Qu’elle a accepté du bout des lèvres, d’un battement de cil. Elle ne sait pas encore si elle aime. Ses cheveux emmêlés dégoulinent d’une eau chaude, brûlante, sur sa peau encore rougie par la chaleur de sa douche. De fines rivières glissent le long de sa peau fragile. Glissant entre les creux, se logeant dans les impasses. Du bout des mains, elle balaie l’eau sur son corps. Comme si cela pouvait suffire. La caresse dure de ses mains fermes est autant de délice que l’eau qui glisse lentement sur sa peau pale. Dans la glace, elle se reconnait à peine. Comme si le parfum avait tout changé. Envolée son identité, elle se métamorphose en un autre papillon, d’ailes de nacre et d’odeur de charbon. Les élégantes, battent, autour d’elle, de saveurs dilettantes. Elle irradie de ces odeurs nouvelles, aux infusions sourdes et à la douceur sucrée.

Avec un peigne de bois, fin et souple, Lyseult brosse ses mèches sauvages. Ses cheveux sèchent si vite et certains, déjà électriques, se réchauffent au contact du bois. Magnétique, ils prononcent des sons de pic et d’épines.  Avec lenteur, elle les tresse ensuite, dessinant sur son crane le délicat dessin d’une crinière fermée. Les bras levés, au-dessus de son corps dénudé, fin, lui donne presque le visage d’une enfant, trop fragile, trop douce. Elle n’aime cette image si féminine qui hante pourtant les ombres de son corps. Une image fragile, intime, d’une femme qui se brise, quand elle ne veut plus être que le reflet de sa lame. Du bout des cils, elle surveille ses doigts fins qui tournent et retournent dans sa chevelure. Ses bras retombent. La natte s’étend du haut de sa tête jusqu’au plus bas de sa chevelure. Elle la ferme d’un nœud noir, discret.

Lys finit de se sécher avec une serviette douce et fine, qui ne blesse sa peau. Puis elle s’habille sans prendre plus garde au miroir. De dessous, noir encre, qui contrastent si fort avec sa peau pale. D’un pantalon, d’un cuir noir, renforcé là où brulent les étrivières et travaille la selle. Et d’un corset, noué par des lacets solides, d’un cuir plus clair, qui porte et enferme son torse fin. Ainsi, enfin, dans cette tenue garçonne qui lui donne un air androgyne et une sensualité quelque peu provocante, elle se sent bien. La jeune femme a disparu dans le miroir, elle redécouvre avec joie l’élève du gladiateur. Déjà, quelques mèches rebelles, électriques, tombent de sa tresse et encadrent son visage.

Les chevaux aiment les odeurs chaudes. Ils aiment son parfum. Dans les écuries, ils lèvent la tête, viennent chercher ses caresses. La  respirent, une nouvelle fois, profondément, pour ne pas l’oublier. Rares sont ceux qui l’ignorent. Lys a un talent avec les bêtes qui dépassent l’entendement. Elle les comprend mieux qu’elle ne se comprend elle-même. La sauvagerie des plus rétifs la séduit au plus haut point. Au fond de l’écurie, ses préférés s’affrontent pour ses faveurs, ou juste, aussi, parce qu’ils sont de puissance et de grâce similaires. D’une valeur qui ferait pâlir ses ancêtres. Eux qui ne possédaient rien et se battait pour tout. Ombrageux étalons, jeunes poulains qu’elle monte pour les première fois, juments colériques, pouliches maladroites. Elle les rejoint. Les caresse, un a un, prenant son temps. C’est eux qu’elle dresse. Eux qui la portent et l’emmènent, là où nul ne pourrait aller. Dans un monde sauvage et brut, tendre et chaud. Leur monde.


-Lyseult, Mademoiselle Montaigu demande à vous voir.


Silas, c’est vrai. Le temps passe si vite. Elles avaient rendez-vous.


-Faites la venir.


Lys n’est plus une esclave et elle ne saurait que dire à la petite princesse racée de la maison Montaigu. Sa seule richesse ce sont ses chevaux. Et c’est pour ceux-là même que Silas vient. Rejoignant le cheval qui scellera peut-être leur transaction, elle ouvre son box et en pénètre l’entrée. L’étalon est gigantesque, mastodonte de puissance. Son dressage fut long et fastidieux pour la jeune femme. Un bruit attire son regard, Silas arrive à la porte. D’un geste elle ferme le licol et d’un pas engagé sors le cheval. L’animal piaffant, ronfle en sortant, secouant avec grâce sa crinière. Il est toujours ainsi, un peu provocateur, testant à chaque seconde la poigne de celui qui le tient. Lys ne lui accorde aucun regard avant de l’arrêter, au centre de l’écurie, face à la Montaigu. La regardant quelques secondes de haut en bas, elle lui adresse un sourire, du bout des lèvres.


-Bonjour Silas. Je te présente Zoltan.


Dans ses écuries, Lys est chez elle. Elle tutoie, use des prénoms et parle parfois avec rudesse, mais jamais méchanceté. Dans ses écuries Lys est différente, reine dans sa cour quand elle n’est qu’insecte au dehors. Elle a le verbe ferme et les manières masculines des hommes à qui on ne demande jamais la politesse. Lys se recule d’un pas, laissant tout loisir à la jeune femme de regarder son cheval. Celui-ci, la longe longue, approche son nez de Silas. Puis, ronflant soudain, secoue de nouveau un peu la crinière, redressant sa tête avec vivacité.


-Il teste encore beaucoup.


Avant de le lui céder, Lys veut être bien sûr que la jeune femme pourra le tenir entre ses jambes. D’une voix autoritaire, claquante,  elle s’adresse à un des palefreniers. Ne demandant ni son avis ni son autorisation à la jeune femme.


-Amenez sa selle et son filet.

Puis, plus douce.


-Souhaites-tu que je te propose des vêtements plus appropriés pour monter ?

Lys a déjà entendu parler des talents à cheval de la jeune femme. Mais Zoltan, Zoltan est compliqué. Le regardant alors que ses doigts caressent lentement son encolure, elle murmure, vouvoyant enfin.


-Vous allez voir, il est extraordinaire.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
[
MESSAGES : 66
INSCRIPTION : 26/07/2015
PSEUDO : calamity dog
AVATAR : Ellen Page
ALLÉGEANCE : Aut vicere, aut mori.
avatar
Silas Montaigu
Message(#) Sujet: Re: Cavalcades Mar 4 Aoû - 0:47

Silas. Deux syllabes-fouets pour te faire plier genoux. Deux marques sanglantes qui déchirent le cuir de tes muscles. Les doigts bien écartés sur le marbre de la chapelle, tu fais offrande de sang. Pour être la bête qui manie le fléau, il faut savoir s’y soumettre. C’est ainsi que l’on se fraie un chemin dans le cœur triste des soldats. La douleur commune est un rite initiatique. Il n’a qu’un but : créer des semblables pour éviter de vomir sa haine sur les aînés, pour ne pas voir son prochain comme un ennemi à parasiter, un gibier à chasser ou à achever. Or, il n’est pas de bon ton d’appartenir à l’une ou à l’autre de ces espèces lorsque l’on parcourt la Superbe. Ainsi, dans le souffle aride de la nef, ils se repaissent de ton cruel hommage.

Sur la chair mortifiée, tu passes la camisole de la sérénité. Coton blanc pour absorber la souillure de tes fautes avant de revêtir pièces par pièces les plates du devoir. Elles sont tranchées dans la nuit pour se glisser dans les veines de la cité en proie à l’insomnie. En quittant la citadelle, tu lui adresse un dernier salut. Tu as appris à lire la tapisserie de ses murs puis à la déliter. Une ville mise à nue n’est jamais belle. Combien de personne s’attardent suffisamment longtemps pour voir la saleté incrustée sous les dorures et le vernis du mythe ? Une fois à l’abri, on oublie vite le malaise éprouvé devant les eaux polluées du Tibre, devant les façades lépreuses de ses monuments. Tu connais ses jours gorgés de sécheresse et de lumière brûlante. Ses nuits jamais tranquilles. L’onde putrescente des fontaines romaines. C’est une vraie mélasse qui coule dans ses regards gâtés. Ses habitants demandent-t-ils jamais combien de corps séjournent dans leur bras bourbeux ? Il doit y régner un froid glacial. Il y a longtemps que tu n’oses plus en contempler leurs eaux. Elles s’amusent à corrompre toute forme qui viendrait s’y mirer. La Ville est une nasse, un labyrinthe où la voix des morts ne s’éteint jamais. Ils sont partout et c’est eux que tu traques dans les veines viciées de Rome la Superbe. Meurtres, trahisons, suicides. Par la lame, le feu, la déflagration. La pierre se nourrit du passé. Alors comme tu sors de son enceinte, tu flattes sa porte comme pour l’assurer de ton éternel retour – Sans Elle, tu n’existes pas.

Le bélier d’or capte l’éclat insolent de l’Astre du jour alors que tu poursuis ton chemin, laissant derrière toi les soupirs et la poussière dans les pas de ton escorte. Tu aurais préféré venir seule – mais avant d’être Décurion, tu es Montaigu et il aurait été préjudiciable que l’on te retrouve poignardée et abandonnée là à crever comme un chien. Tu renâcles, les muscles bandés par l’agacement. Ce n’est pas comme si tu étais belle – comme Agrippa ou Hermione. Tu possèdes, certes, le charme certain de l’adolescence – tout en crinière rase et en genoux écorchés. Un corps fait pour se battre et non pour les plaisirs de la cour. Incapable de te marier et ne pouvant hériter du titre, ton père a préféré faire de toi son Limier. Il te suffit donc d’errer, la longe sanglante dans la gueule, sur les hauts murs de béton et d’acier en attendant qu’il daigne te jeter un os à ronger. Voici qu’il t’offre un destrier. Un camarade pour remplacer le compagnon mort sous toi pendant les émeutes du mois dernier. Un voile de tristesse obscurcit ton regard alors que tu franchis le seuil du Domaine. Les hoplites, ombres hostiles, interrompent leur marche alors qu’on se presse à votre rencontre. « Je suis venue m’entretenir avec Maître Thibault."

La colonne sévère demeure dans la clarté, minérale, alors que tu t’enfonces dans la pénombre des écuries.  Ordre et calme, deux qualités que tu sais apprécier à leur juste valeur. Et avant le mouvement, sous l’odeur musquée des chevaux, tu captes une fragrance insolite. Elle t’a prise aux tripes avec  violence, une bouffée d’émotion qui remonte à la surface, sans crier gare, transportant avec elle son cortège d’images. Les parfums savent nous transporter ailleurs et plaquer sur le présent, les décors du passé. Le gouffre qui s’ouvre dans ta poitrine est empli de nuit et de chaleur. Tu n’y peux rien si elle s’est frayée ce chemin en toi. S’insinuant dans tes narines, sournoise, pour te liquéfier de l’intérieur avant de se glisser au plus profond, se lovant sous ta peau. Elle te bouleverse, voilà tout.

« Maître Thibault, c’est un honneur. » Sur ta langue, les mots trébuchent et s’entrechoquent, s’écorchant aux accents étrangers de son nom. « Zoltan ». Deux syllabes qui claquent dans l'air surchauffé de la salle.

Seigneur parmi les rois, il te contemple dans toute sa gloire insolente. Il n’est pas de ceux qui plient facilement l’échine sous le fer et le joug. Là la ligne racée de l’encolure, ici la carte complexe des veines et des nerfs. A ses yeux, tu es l’insecte infiniment humble. L’animal souffle, dédaigneusement. Et déplaisant. Tu laisses échapper un rire doux, avant de t’incliner. « Je vous remercie, Maître, mais je vais juste ôter le superflu. » Méticuleusement, tu défais le baudrier qui maintient l’épée à ton côté, te délestant du kevlar et des armes avec un sourire d’excuse. Plates par plates, tes obligations chutent, pour ne révéler qu’une silhouette étroite et tonique. Pantalon souple, botte, coton blanc croutés du rouge de la discipline, dévoilant un réseau de cicatrices et d’hématomes qui mordent parfois l’opale d’une écarlate malsaine. Les épaules tailladées, striées, soie violée, autant de marque de survie par lequel le poison de l’orgueil s’écoulait. A ses pieds, coquille vide, repose ton armure désormais inutile. « Vous êtes ici chez vous, et je suis votre obligée, vous pouvez continuer de me tutoyer, Maître. Cela m’enchante particulièrement.» Une étincelle malicieuse éclaire un instant tes sombres prunelles avant que tu ne ranges tes biens. Tu devais être un enfant terrible, n’est-ce pas ? Les mains planquée derrière ton dos, tu la suis jusqu’à la stalle. « Pourrais-je le panser ? ». A ses côtés, on pourrait te croire encore enfant – à peine une femme faite. Tu présentes ta main, paume levée vers le ciel afin d’amorcer le second contact. Zoltan expire longuement avant de toucher du nez ses phalanges gantées. Elles explorent un instant le chanfrein puis se replient sereinement. Les muscles s’agitent sous la caresse de l’étrille, parfois l’antérieur vient frapper la sciure dans un avertissement péremptoire. Au moindre écart, le couperet tombera. Cette première rencontre t’apaise et calme l’appréhension silencieuse qui se noue, languide, en ton creux. Un souffle. Tu roucoules quelques mots. Une fois scellé et bridé, tu remets les rênes entre les mains de sa propriétaire avec la dévotion que l’on doit à l’habile artisan. «  Vous avez accompli un ouvrage admirable. J’ai hâte de le découvrir au travail. En espérant que mes compétences vous satisferont.»  

_________________