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 Avant la Pluie

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MESSAGES : 18
INSCRIPTION : 29/07/2015
PSEUDO : Morgan
AVATAR : Marine Vatch
ALLÉGEANCE : Sans.
OCCUPATION : Dresseuse de Chevaux.
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Lyseult Thibault
Message(#) Sujet: Avant la Pluie Lun 3 Aoû - 23:40

Avant la Pluie



La nuit est douce. Lourde. Veloutée. La chaleur épuise l’humidité latente. Qui ronge les sens, les os, qui martèlent de rosée, les toits silencieux de la ville. L’orage menace de quelques éclairs, au loin. Si loin. Les grondements de la terre n’atteignent qu’à peine les oreilles de la belle. Qui frissonne. Son échine est caressée par un courant d’air. Elle tremble. Ses muscles, épuisés, vibrent de leurs dernières déchirures. Le coup porté, si vite, si fort, laissera ses empreintes, quelques jours durant, sous sa peau fine, dans son cœur brûlant. Lys souffrira ce dernier souffle. Lys n’oubliera ce moment. Précis. Celui-là. Alors que reine de la mort, elle reste. La lame à l’intérieur de ce corps sale. Laid. La main sur le pommeau alors que le sang glisse lentement, s’enroule autour de ses doigts, colle contre le métal. Vient là, sur ses poignets bleuis par la violence de sa poigne morte. Là où il a osé, la tenir. Faisant naître la crainte dans ses yeux pales, effarouchés. Là où il ne la touchera plus. Jamais. Et l’insulte. L’insulte restera, entre ses lèvres baveuses. Perdu dans ses envies de luxure, dans l’agglomération odieuse des laideurs de son âme dégoûtante. L’homme. Il a osé. La traiter en esclave.

Son odeur traîne sur ses vêtements. Dans ses cheveux, qu’il a humés. L’ardente s’habille de sa mort, retirant lentement la lame. D’épais bouillons de sang s’échappent de la plaie. Courent le long de sa peau, sur ses vêtements. Ses mains se gantent d’écarlate. Les perles de sang tachent sa peau nacrée, sur son visage, dans ses cheveux. Un rouge sombre, nébuleux. Un rouge encre, qui, quand elle cherche à l’effacer, s’enfonce plus profondément dans la toile de sa peau. Une toile aux milles coutures. Une toile aux mille brûlures. Sa toile. Couvrant son âme du voile des indécises, des brûlées de l’âme, des vengeresses qui sans fin chassent des bourreaux qui n’existent, encore, que dans leurs gestes, prémices d’un nouveau pillage. Chaque mort est ainsi, inscrite au fer rouge. A l’intérieur. Sur une toile invisible. Plus pale que sa peau, déchirée en mille morceaux. La toile d’une artiste, la toile d’une tueuse qui jamais ne cesse, de tuer. Même si chaque mort est plus désuète. Obsolète si vite. Plus rien n’apaise l’insatiable.

Lyseult sèche sa lame sur les vêtements sales du cadavre. L’homme déjà froid, ne méritait guère davantage. Dans une rue elle le laisse, volant son argent, pour le jeter quelques rues plus loin entre les mains d’un mendiant.  La mort elle-même, ne l’apaise pas. La crainte, au fond de son regard, ne s’est pas complètement éteinte. Son visage, si pale, est le siège des milles ramures de ses veines bleutées. Elle semble malade, elle semble vidée. Elle se sent vide. Vide et froide. Elle a si froid. Le sang a séché sur sa peau. Il forme le puzzle étrange, craquelé, de gants rouges, alors que le bleu déjà brunit, en dessous. Elle marque si vite, l’élégante. Le reste, elle l’a essuyé comme elle a pu. Mais la plaie qui la ronge est ouverte, encore, au fin fond de son âme meurtrière.

Sans réfléchir, elle s’engage sur les chemins hasardeux qui le mènent à lui. Lys sait toujours le trouver, dans le lit d’une pute ou brisé sur le bord d’une route. Abandonné comme un chien. Battu à mort par la vie. Lys sait toujours. Comme un second souffle,un bien sombre instinct, vide de sens, vide d'espérance. Lys sait. Elle connaît le dédales des bas-fonds de Rome depuis toujours. Elle le comprends, un peu lui. Comme elle, il est affamé par la vie, détruit par la crasse, brûlé par les ardeurs de la nuit. Et puis, lui aussi, a mille orages au fond de ses yeux clairs. Ce n’est pas difficile de le retrouver, il faut juste chercher là où se meurt le silence et bat le puissant rythme des violences séduites. Là où ses pas la mènent alors qu'errante, elle cherche un sens à sa vie.

Dans l'ombre, les yeux grands ouverts elle dévore le moindre de ses gestes. Il est sorti d'elle ne sait quel taudis. Il s'avance dans la rue, s'arrête, sans doute une cigarette. Dans son dos, avec douceur, elle s'avance. Que même un ange n'entendrait ses pas, tellement ils sont doux. Papillon de nuit, de velours et de taches sanglantes, elle s'approche de la lumière, si vive, de son désir de vivre, si puissant, de ce quelque chose en lui qui la fascine. Lys pose ses mains sur ses épaules. Massives. Craquelées par la violence. Gonflées par le féroce. Les ailes du Leviathan. Ses lèvres douces, fanées, se posent sur la vertèbre haute de son corps fort. Elle l'embrasse, avec tant de douceur, tant de lenteur que c'est toute son âme qu'elle dépose sur sa peau. Une âme fragile, à la corolle de velours, aux épines ardentes et au cœur secret. Une âme qu’elle ne saurait lui montrer, vraiment. Même à lui. Surtout à lui. Ses mains glissent le long de ses bras, entourent son torse. Le serrent. Si fort. Avec lui Lys n'a pas besoin de retenir sa force. Avec lui, cela importe peu, il a la violence sourde de ceux qui ne savent vivre sans se battre.

Elle devrait parler, sans doute. Mais rien ne vient. Lys est épuisée. Son corps fin se dépose contre le sien si massif. Légère, alors qu'elle se laisse porter, elle ne songe à rien. Ses cheveux électriques, balaient son visage, caressant la peau de l'homme. Les enveloppant tout les deux dans un halo de douceur. L'apaisent, l'endorment. La chaleur d'Annibale l'envahie d'une torpeur douce, tendre. L'orage semble loin. Si loin. Même si craque la nuit, encore, si près d'eux. Et que se dérobe le ciel devant la violence des nuages. L'orage, il papillonne autour d'elle. Emanences lourdes, odeurs d'étain et de poudre. Il galope en elle, cheval furieux, de ruades et d'ivresses de la vitesse. Si lente, elle est si lente dans ses gestes. L'odeur de l'homme plane encore dans sa chevelure, menace passée. Si vieille déjà. Les nuances ferreuses de son sang vicié embaument l'air, ses mains, son visage. La jeune femme devrait s'inquiéter de la présence d'Annibale dans le théâtre de ses états d'âmes violents. Mais Lys ne songe pas, elle ne pense à rien. Sinon elle serait déjà lointaine. Silencieuse. Absente. Sinon elle le délaisserait pour une proie étrangère, pour un goût de neuf et des envies de victoires. Sinon elle ne serait pas venue. C'est illogique de venir. Stupide même. Car venir et revenir elle l'a déjà bien trop fait.

Enfin, elle murmure.

-Emmène-moi.

Et toute la violence qui bruisse en elle, papillons de flamme, ronciers épineux. Cette rage, encore, que rien n'apaise vraiment. Ces mains, ganté d'un sang sec, craquelé. Cette colère, enfin, qui gronde, qui vocifère. Elle n'en dit mot. Lys ne parle pas à ses amants, ou à peine, sinon elle les perdait pour des amours. Et des Amours, elle n'en rêve ni n'en crève. Alors non, Lys ne parle pas à Annibale. Elle le serre juste contre elle, trouvant du calme dans sa puissance. Du sens, dans sa folie.
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Invité
Message(#) Sujet: Re: Avant la Pluie Dim 9 Aoû - 15:55

La nuit geint des corps ployés pour le vice d’autres hommes. Il observe, il n’est pas là pour les prendre et les jeter. Il n’est pas là pour saccager les jolies et les laisser crever dans leurs draps calcinés. Chien battu. Annibale cogne aux portes, demande si elles ont besoin de quelque chose, soigne un bras cassé comme il le peut. Les coups et les soins, il connaît. Trop de fractures et de crasses dans sa vie d’animal. L’apprentissage du corps qu’on apaise. Les petites dont il prend soin à grands coups d’engueulades faussement mordantes. C’est juste sa peur qu’il exprime, la trouille aux tripes qu’une revienne avec un membre en moins. C’est leur dernier jeu aux grands, à ceux de là-haut. De couper dans la chair, de s’amuser, de voir ce que ça provoque de disséquer du vivant. Chaque soir, c’est une gamine qu’il trouve effondrée sur son lit, les cuisses tachées, les bleus imprimés. Elles font leur belle poupée que rien n’atteint et après – les pleurs. Le corps qui ne répond plus. Il le sait tout ça, il le voit et n’agit pas, ne peut pas taire les monstres. Lui le cerbère des infernaux. Apaiser les maux. Borja soigne la petite dernière, la gosse ramassée d’un pays dont il ne connaît même pas le nom. Connaissances maladroites, incapable de citer d’autres pays que l’Italie. « J’sais… j’sais. Ça fait mal. Ça te fera toujours mal, rentre toi ça dans l’crâne. Faut qu’tu comprennes que la douleur, elle partira pas et non t’peux pas cogner les intrus, de toute façon, t’as pas des mains pour frapper, tu faisais quoi avant ? » Agneau blond qui le regard, les yeux trop ronds, la surprise imprimée au fond du vert. Les mots incompris et voilà le chien à soupirer. Bandages qu’il passe au bras droit, fleur fanée qu’il dépose sur le lit. « Pas de connerie, tu bouges pas, t’enlève pas ce que j’ai fait. D’accord ? Et me regarde pas comme ça, non j’peux pas te protéger, j’dois partir » Les mains qui s’enroulent à sa chemise, demandent de l’attention qu’il ne peut pas donner, pas ce soir. L’enfant repoussée avec trop de violence. La chute.

Permission de sortie. Nuance. Il doit dégager du bordel. Un autre qui le remplace. Le droit qui ne lui convient pas. Rien à foutre de pouvoir trainer ses guibolles dans les rues dégueulasses. Le dos courbé, la carcasse malade qui se faufile sur une moto dérobée à un petit roi d’Helsingor. Oups, j’ai volé l’engin de votre gamin qu’il dira à Claudius quand il reverra sa gueule fracassée de salopard. C’est son péché, les belles motos, le vol des ferrailles qu’il ne pourra jamais s’offrir. Toujours aux nordiques qu’il emprunte. Pacte avec son diable favori. Les rues deviennent des lignes floues, des passants qu’il ne voit même plus. Les rues qu’il connaît, le zig-zag qu’il opère et s’arrête devant la maison d’une préférée. Pas ici pour baiser. Dormir. Un lit qu’elle lui offre. Pacte. Une chambre contre des objets. Petite pie voleuse à qui il apporte un bijou égaré.

L’ours solitaire frappe contre le bois. La sortie. Le mari revenu plus tôt des croisades. Animal jeté dehors, préféré à un autre. Il souffle et tousse. Les poumons crevés des cigarettes fumées depuis ses onze ans. Une autre qu’il s’allume. Echo dans la pénombre. Petits pas de danseuses qui s’accrochent à ses tympans. Il s’arrête un instant, imagine la dague dans le dos. Lèvres aimantes qui se posent. Frissons. Elle. La jolie qui le trouve à chaque fois. Lui qui n’est pas capable de l’appeler, elle qui s’enfuit à ses demandes. Elle qui commande. Trop belle la gamine. Pas pour lui. Personne pour lui. « Ca pue la mort. T’as encore foutu tes mains dans un cadavre ? » Accusation qui tonne comme une inquiétude. Les mains qu’il emprisonne dans ses paluches, peau craquelée du sang d’un autre. Gants assassins embrassés. « J’temmène où ? C’est un enfer la nuit ici, on va s’faire bouffer » Les mauvais, les rats suffocants, les plus grands que lui. Poings et flingues n’y suffiront pas. Jamais. Cicatrice qui saigne encore dans le dos. « J’ai pensé à toi, j’ai trouvé un truc… c’est presque crevé, mais j’pense que tu peux réparer » Le bras taché qu’il attrape, la gosse emportée dans les rues, à cavaler entre deux lampadaires, à jouer aux ombres funambules. Le colisée qui grogne son impériale stature. Les jeux sanglants. « T’inquiète pas, j’connais les issues, et t’parles pas, tu dis rien si on croise quelqu’un, tu dis que t’bosses pour moi » Que t’es ma pute qu’il sous-entend. Pour la protéger. Les gardes aux pas triomphants. Bandits qui se faufilent. Sous-sol. Les cages où souffle le sommeil des animaux. La dernière où il l’entraine. « Patte cassée j’pense. Il trainait près d’la muraille, les soldats voulaient le bouffer… me suis dit que tu pourrais en faire quelqu’chose »
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