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 A season of doubt [Othello].

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Invité
Message(#) Sujet: A season of doubt [Othello]. Sam 1 Aoû - 15:23

A season of doubt

Les jambes se croisent et le torse se tord.
Elle s'allonge la divine enfant. Crinière blonde étalée au sol tandis que les bras se tendent vers le plafond. Les doigts jouent avec les fils du monde, s'articulent un à un. Pattes d'araignée et toile gigantesque.
La gorge se serre. Ses muscles font mal, la pointe de ses pieds bientôt saignera. Elle imagine et sourit. Un bref, invisible, sourire. La passion dégueulassant la vertu. Le morbide jetant sa poussière à l'âme. Le rouge coquelicot doit peindre l'opalescent. Desdémone s'agite. Percute un peu plus fort la surface lisse sous elle. Car il le faut, elle le doit. Le rouge maculera l'ivoire. Sans ça, la performance ne sera pas achevée. Sans ça, il manquera le précieux trésor accordé à ses dieux insensés. Ceux-là même qui la contemplent et lui permettent toujours un peu plus longtemps d'exister.
Ses prunelles s'abaissent, regardent les tissus grisés par l'effort.
Elle y remarque que le sang n'a pas souillé ses angles et la tristesse envahit ses traits. N'est-elle plus digne d'être aimée ?
Jamais elle ne s'arrête.
Frénésie des sens, elle trébuche. Sa carcasse virevolte, se redresse. Serpentine créature que la gravité ne paraît pas toucher.
Coincée entre le silence et la réalité.
Pas une note ne bruisse à travers l'atmosphère. Du silence, silence, du silence à l'intérieur de la spacieuse pièce, plus encore au-dehors.
Bâtiment blanc et immense. Aile déserte, où s'entraînent les danseurs. Mais plus à cette heure, non plus à cette heure.
Abandonnée à sa jolie démence, Desdémone chante son extase aux esprits qui la guignent. Mille et un œil parcourant ses courbes. Elle le sait. Comme on se sent observer au milieu d'une foule d'inconnus.
La belle enfant suit donc les vagues d'une mélodie imaginaire.
Paupières baissées et la sueur collant son teeshirt trop large et trop court, son caleçon semblable à une seconde peau.
Folle. À bout de souffle.
La bouche s'entrouvre pour expirer les difficultés qui se bousculent. La fatigue de l'esprit, l'épuisement du corps. La mélancolie s'évade avec. S'extirpe d'entre les lèvres trop épaisses pour ne pas songer à mal. Pour ne pas vouloir les mordre.
Les genoux caressent finalement le parquet ciré et elle s'agenouille et elle écarte les cuisses. S'échoue.
Sirène soustraite à sa prison d'eau chaude. En elle, la musique résonne et frappe toujours. Masque les pulsations de son cœur éprouvé. La garce claque la moindre de ses pensées afin de les lui écraser. Plus rien ne compte. Rien sauf l'idée de bouger, de suivre la rythmique qui se grave en son sein. Partition burinant son poitrail. S'y lovant, à devenir obsession fatale.
Un faux mouvement, Desdémone vacille.
Une guibolle à la perpendiculaire, l'autre la faisant tourner sur elle-même. Une paume de main moite se dépose sur les lattes de bois brillant, en explore la douceur. Et aussitôt, elle se projette à nouveau. Elle s'abandonne à l'Art. Pour n'être qu'un objet, qu'une poupée. La conscience évaporée, ne subsiste que l'envie d'en finir, que l'envie d'y survivre.
La figure chavire en avant, le gosier grand ouvert. L'oxygène lui manque. Le buste s’arque davantage. Dos rond. Daignant relever ses yeux sur le miroir en face, Desdémone y détaille instinctivement son douteux reflet. Rougi par l'effort. Un organisme plié, recroquevillé. Caillou blanc perdu sur l'ambre de la sylve moderne.
Desdémone examine ce portrait qu'elle ne reconnaît jamais tout-à-fait. Est-ce le sang des Capulet qui coule dans ses veines ou celui d'une bestiole égarée. La tension s'éloigne durant une seconde ou deux, hors de ses membres durs. Les poumons se goinfrent d'air tiède pendant l'attente.

Et le froid des lieux soudain picore son derme. Une rafale soulève les étoffes légères la recouvrant. La silhouette lactescente frissonne violemment. Les iris scrutent les reflets, aperçoivent ce qui n'est pas à sa place. L'obligent à se retourner.
L'angélique colle ainsi ses omoplates au miroir dorénavant derrière elle. L'attention portée vers l'entrée de la pièce et les mains pressant sa poitrine.
« Es-tu venu me faire de la peine ? » lâche-t-elle, tout bas.
Un murmure, pas plus épais qu'un murmure.
Sa voix lui est étrangère. Elle ne l'entend que trop rarement. Une parole d'outre-monde, qu'elle n'est plus certaine d'avoir prononcée. Le son effacé de leurs oreilles. Pourquoi lui parler ou pourquoi cette question. Elle l'ignore.
Elle le craint.
Comme on craint de se briser en approchant trop près du bord. Falaise suspendue aux cieux. Elle ne veut pas en descendre, elle ne veut pas qu'il s'approche. Car s'il approche, il cassera le silence. Ce silence qui d'elle à lui semble si cher. S'il s'approche le charme pourrait se rompre, et avec, les promesses qu'elle sait être amour éternel.
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MESSAGES : 176
INSCRIPTION : 25/07/2015
PSEUDO : appo
AVATAR : Pedro Pascal
ALLÉGEANCE : les Maure
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Othello Maure
Message(#) Sujet: Re: A season of doubt [Othello]. Lun 10 Aoû - 15:53

DESDEMONA
J'en ai vu comme nous qui allaient à pas lents
Et portaient leur amour comme on porte un enfant


Nuit sur Rome. Les pulsations du sang d'Othello dans ses veines. Elles dérangent son épiderme, il a la sensation qu'elles cherchent à en sortir à force de battre. Il se tient devant sa fenêtre et observe les ruines de la ville malheureusement dissimulées dans les constructions modernes, les conneries des Helsingor, les bâtiments énormes des différentes familles - à qui aura la plus grosse. L'adrénaline fait barrage au souffle dans sa gorge. Il ne supporte pas ce soir d'être seul. Et ce n'est pas la chaleur des putes dans son coup qui lui manque, ce n'est pas le poing d'Orphée sur sa gueule ou la haute société qui le plante de sourires. Quelque chose en lui sent qu'il a trop regardée cette fille danser, et que ça le démange d'aller la cueillir. Il sait très bien que cela pourrait couper tout charme, briser la fusion de son nombril au sien quand ils se voient de loin, mais une furieuse envie de capturer cette liberté intenable le harcèle nuit et jour et maintenant c'est trop. Petite scandaleuse, je veux t'attraper, je veux bouffer ta gorge, je veux tout foutre en l'air sur mon passage et détruire les éléments de cette civilisation, briques à terre et énorme nuage de poussière, détruire méthodiquement et cruellement et tant pis si ça fout tout en l'air, pour t'avoir sur la hanche et entendre ta petite voix. Te mettre dans une cage ou te sortir de celle dans laquelle tu te tiens droite, lèvres closes sur les promesses que tu tiens en puissance en ton sein.
Oui mais ça, il se le dit et se le répète tous les soirs, et toujours ses poings se serrent jusqu'à marquer de ses ongles ses paumes, et toujours son bas ventre chatouille, et jamais il ne sort. C'est comme le dernier marche pied avant le saut en parachute. Quelque chose te pousse vers le vide, quelque chose te hurle la mort et tu te tiens là, dans le milieu de ton propre sang et de ta propre survie. Qu'y a-t-il de plus ce soir? L'intolérable sensation de ses pieds immobiles, vissés au sol? L'impression horrible qu'il pourrait vomir ses tripes à force, et qu'il refuse d'ouvrir la bouche pour ça? Il sort dans les parfums d'épices. Sa peau sous la chaleur estivale ne brûle pas, habituée et mate qu'elle est. Il est Maure, les hautes températures sont son château. L'écume des silences abreuve ses pas. Autour la foule, autour la fête et les mains qui se lèvent dans sa direction et lui dans une ligne têtue qui n'a qu'une direction et qu'une existence enfoncée au creux de sa perception. Il n'a aucune idée de ce qu'il va lui dire. Il voit des flashs qui ont le rond de ses courbes, la forme de ses seins, la douceur de ses mains - tout ça qu'il n'a jamais connu. Il y va et c'est tout. La voir en dehors des horaires convenus. Se déclarer un peu par sa simple présence ou passer une fois de plus pour un barbare qui vient prendre ce qu'il veut. Il est pratiquement sûr qu'elle est là bas et qu'elle danse. Il demande à des clampins, il demande à ceux qu'il sait acoquinés aux Capulet, gardes misères quelconques, saltimbanques de tous bords, peintres aux couleurs au bout des doigts. Il évite les frères et les cousins, la famille directe comme la peste. Il arrive à l'atelier avec la force et le pied sûr d'un torero et se sent immédiatement déplacé.
Elle est là, petit fantôme à la blondeur qui continue à le laisser perplexe. Elle est là et bien sûr elle danse, opalescente, et ses veines qui s'énervent sous sa peau. Elle se regarde dans la glace comme une anomalie étrange, une énigme inadmissible. Si elle pouvait se voir dans ses yeux, comment réagirait-elle? Et s'il avait su quelques mois plus tôt qu'il formulerait bientôt des pensées pareilles à propos d'une seule et même femme, comment se serait-il vu? Il a envie de mordre férocement, d'embrasser profondément et il ne fait rien. Il se tient là ballant, la regarde se retourner et sent la fraîcheur du miroir sur ses omoplates comme s'il s'agissait des siennes. Il écoute sa voix pour la première fois et s'émeut du timbre comme il s'émeut du contenu. Pourquoi est-ce qu'il lui fait du mal à elle? Pourquoi de la peine? Il se révolte un peu contre elle qui ne comprend rien, avant de s'apercevoir qu'à lui aussi, être ici est douloureux. Il se trouve muet. N'a rien à dire. N'a aucune envie de la consoler. Elle ne se jette pas dans ses bras, et il n'a pas la force d'aller l'enlever du sol. Tout a toujours été facile pour lui et cela le dépasse et le fatigue. Ou plutôt, le met complètement au dépourvu. Spontanément il voudrait avancer mais il sent qu'il y a une forme d'équilibre très délicat qui se romprait s'il s'exécutait. Trop compliquée pour lui, elle est.
S'il te plaît. Il murmure, et se sent soudainement totalement nu de lui avoir fait entendre sa voix. Il lève les mains, montre patte blanche. Il la sent comme un oiseau prêt à se faire la malle au moindre faux mouvement. Desdémone. Son nom roule sur son palais comme une framboise mûre dont on détache le moindre grain avec le bout de la langue. Il le prononce pour la première fois. Alors, tout doucement, comme au ralenti, son corps absolument présent, tendu dans une détente inexplicable, il met un pied devant l'autre et attend de voir sa réaction avant de réitérer l'acte. Il apprivoise. Il cherche le juste milieu entre la tendresse abyssale et la violence infinie qu'il ressent à son égard.
(c) AMIANTE

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light of my life, fire of my loins
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