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 Les échoués.

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MESSAGES : 39
INSCRIPTION : 25/07/2015
PSEUDO : DANTE
AVATAR : PARKER CROFT
ALLÉGEANCE : ...
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Puck Capulet
Message(#) Sujet: Les échoués. Jeu 30 Juil - 20:43

Les échoués.
Parì & Ixion

Ses bottes frappent le pavé humide. De la guerre dans la dégaine, il n'entend pas le vacarme indécent du métal fiché sous ses semelles ; quand même ça gueule contre les murs, remparts de la rue, bastion du Capitole, il fend la pluie de cet avant-l'aube, il vrille son voile timide. Ixion a l'âme ténue, et l'esprit en dehors. Il n'y pense pas, machinal, obstiné, les pas bien habitués, de longues années durant, à se perdre ici-bas comme l'on erre de partout. S'il a oublié, son corps se souvient. Même s'il veut oublier, son putain de corps maladif se souvient. On n'efface rien d'aussi sale. On n'efface pas cette laideur crasse, cette honte funeste, si joliment dessinées, si brutalement incrustées, dans sa carcasse secouée. Ses tempes peuvent bien grogner, vaguement alertes, pas tout à fait guéries, maintenant qu'il foule les endroits méprisés. Son vœu était sincère, inlassable, il le jure, mais son dessein l'est tout autant. Et, malgré les apparences, il est plus pur que jadis. Rectification : il est pur.  

En inclinant le tesson de miroir, j'aperçois l'ombre, la silhouette langoureuse, découpée dans la pierre et la pénombre. Cette silhouette. Celle de Livia Ponte. Âge : vingt-deux ans. Physique : caucasienne, brune, un mètre soixante-huit, et le teint mat. Parents inconnus, au moins de moi et des registres officiels. Antécédents : trafics mineurs, trouble à l'ordre public, prostitution. Prostitution. Plus  je l'observe, plus le miroir décrit sa courbe. Naturellement, je l'ai si bien connue. Bientôt, l'image s'éteint et, cependant, je poursuis d'explorer ma mémoire. Je sais tout d'elle. J'en sais bien trop. J'en sais suffisamment. Lieux de passage. Fréquentations. Je pourrais jurer de ses revenus mensuels. Et ce rire tapageur, qu'elle déploie ça et là. Le miroir se relève pesamment et, moi, j'incline la tête. Livia dessine, avec ce panache ordurier, des cercles autour des bordels, et des hommes. Tout est précisément comme je m'en souviens. Elle est là, à arpenter les mêmes caniveaux, la démarche incertaine et pourtant racoleuse. Un type s'arrête à côté d'elle, et je fige mon poignet pour observer la scène. Ils s'éloignent. Je change d'abri, pris dans le sillage qu'ils tracent dans la venelle. Lorsque les deux amants du soir s'arrêtent, je me replie et je patiente. Il faudra bien dix, ou peut-être quinze, minutes au gars pour finir de la dégrader. Et pendant que je scrute la zone d'ombres laissée par ceux qui viennent de disparaître, je compte les secondes. Encore dix, neuf... une seconde. Elle sort. Il part. Et, aussitôt, j'approche.

Ixion se précipite. La ferraille de ses bottes claque. Il ne court certes pas, mais il s'élance avec tellement d'aplomb... Il a les doigts tendus, bien que l'essai soit prudent. Il ne lui manque qu'une dizaine d'enjambées. Un gouffre, en vérité, qu'il ne franchira pas, le thorax percuté, l'air expulsé hors de ses poumons. Il est surpris par le choc, puisqu'il ne saisit pas immédiatement le flingue. On veut le tuer qu'il meurt déjà. Mais, les doigts à la poitrine comme l'on supporte son coeur, il contemple l'absence d'assassin. Personne ne veut de la destinée d'Ixion. Tout le monde se fout qu'il vive. Et, bien que les coïncidences soient pour le fatiguer terriblement, ce n'est jamais que cela :
- Parì ? il souffle, bruyant et soulagé de son sort.
Il a de la stupeur sur le visage, comme s'il était étrange qu'une putain se tienne dans un lieu qui lui sied alors que lui a fait le voeu de ne plus s'en approcher. Certainement, elle l'ignore. Comment le saurait-elle ? Il n'a pas échappé aux frénésies en laissant, dans sa fuite, des mots d'excuse et d'abandon. Il a tout juste disparu. Il s'est simplement éteint, pareil à mille hommes, pareil à tous les autres. Il n'a ni l'image ni l'odeur de la dernière fois qu'ils se sont vus - il est trop troublé de la trouver à son menton. Un surgissement bien âcre du passé.
- Pourquoi t'es là ? dit l'insensé. Je veux dire... (Il balaie son propre malaise d'une main) peu importe. Tu ne m'as jamais vu ici, d'accord ?
Il n'attend pas qu'elle réponde ou qu'elle obéisse. Il la dépasse par la droite. Il peut encore sentir les effluves de Livia. Il peut encore la rattraper.
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